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Le mythe de l’infaillibilité des ordinateurs

1er juillet 2005

Les humains font des erreurs. Des humains programment les ordinateurs. Donc les ordinateurs font des erreurs.

Beaucoup d’entre nous pensent que les ordinateurs donnent toujours des résultats exacts. Quand un problème d’informatique est invoqué, on a tendance à penser que c’est un humain qui a rentré les mauvaises informations dans la machine. Ou alors on imagine une panne genre coupure de courant. Bref, l’ordinateur reste infaillible. Heureusement, le contact régulier avec des PC capricieux ébranle ces certitudes.

La vérité est que la majorité des problèmes viennent de défauts dans les logiciels (appelés bugs). Un programme qui laisse son utilisateur y entrer de mauvaises informations peut souvent être considéré comme mal conçu. C’est à l’ordinateur de s’adapter à l’humain, pas l’inverse. La principale propriété d’un ordinateur n’est pas de fournir un résultat toujours exact, mais de faire exactement ce qu’on lui demande. Mais lui demande-t-on toujours avec suffisamment de précision ?

 Déjà une simple addition...

Même faire des additions n’est pas si simple qu’il n’y parait... Car il y a un espace limité pour stocker un nombre. Par exemple, il sera stocké sous forme de 32 zéros ou uns (chacun de ces zéros ou uns est appelé un bit [1], c’est pour cela que l’on parle d’ordinateur 32 bits), ce qui donne 2 puissance 32 possibilités, soit un peu plus de 4 milliards. Donc seul un nombre valant entre 0 et 4 milliards peut être mémorisé. Si on additionne 2 milliards et 3 milliards, on entre en terre inconnue :
- un logiciel conçu à la va-vite ne s’apercevra de rien, et trouvera 1 milliard (il tronçonne sauvagement ce qui dépasse).
- un logiciel sérieux affichera un message d’erreur.
- un logiciel plus sophistiqué contournera les limitations de l’ordinateur, et trouvera bien 5 milliards.

Et d’autres problèmes avec les nombres avec virgule [2].

 Alors la navette spatiale...

Le logiciel faisant des additions dont nous venons de parler pourrait être celui d’une calculatrice. Eh oui, même les calculatrices contiennent un logiciel ! Imaginez maintenant la navette spatiale... ou mieux lisez cet admirable texte[eng] (traduction en cours). Il est assez long, il mérite d’être imprimé et ensuite lu confortablement installé. Rien ne vaut le papier... Qui disait ça, déjà ? Ooups, c’est nous ;-)

Vous y apprendrez que les logiciels proches de la perfection (tel celui de la navette) ne sont pas écrits par des adolescents attardés nourris de pizzas et travaillant jusqu’à point d’heure... Ni dans des compagnies soumises à des délais stressants. Que pour une grande part, l’industrie du logiciel devrait plutôt s’appeler artisanat... Que les programmeurs de la fusée Ariane ont certainement essayé de faire aussi bien que leurs homologues américains, mais qu’un bug a conduit à l’explosion de la première Ariane 5...

 Et les machines à voter ?

Revenons à nos moutons. Et les logiciels des machines à voter, comment se classent-ils ? Pourquoi les cachent-ils ? Pas beau à voir ? Y a des taches de sauce tomate ? Une anchois est restée coincée dans une boucle ?

Jugeons plutôt aux résultats. Des militants américains ont mis sur pied un recensement d’incidents (de toute nature) lors d’élections : l’EIRS (Election Incident Reporting System). 42760 incidents y sont répertoriés dont 2396 liés aux machines [3]. C’est très varié : cela va de files d’attente de plusieurs heures dûes à un nombre d’appareils insuffisant, jusqu’à des machines qui plantent ou pire perdent des votes (voire en génère spontanément), en passant par des électeurs qui choisissent Kerry et voient Bush s’afficher [4].

(à compléter)

Notes

[1] contraction de l’anglais “binary digit”, chiffre binaire.

[2] Quand vous utilisez des nombres réels (avec une virgule et beaucoup de chiffres après), il n’y aura pas de maximum indépassable, mais une limite à la précision : le résultat de 4 divisé par 3 ne donne pas 1,333... à l’infini. Faites une longue série de calculs sur ce genre d nombres, et vous obtiendrez des résultats divers selon les calculatrices : le cumul des imprécisions sera différent.

[3] à dater du mois d’août 2005

[4] Il court une théorie du complot assez marrante. Au moyen de ces votes qui se transforment magiquement, ce serait des programmeurs rebelles à l’intérieur des fabricants qui enverraient un message : « Hey, réveillez-vous ! Tout ça, c’est pipeauté ! ».

©© ordinateurs-de-vote.org - dernière modification : samedi 27 mai 2017.

7 Messages de forum

  • Le mythe de la non-fiabilité des programmes 30 mars 2007 13:32, par Mathias Peron

    Une grande partie de l’industrie du logiciel nous a, en effet,
    habitué à la non-fiabilité de ses produits.

    Fort heureusement ce n’est pas le cas pour tous les logiciels, notamment
    ceux qui permettent le pilotage des centrales électrique et nucléaire, ou
    encore des logiciels pour l’avionique ou le spatial.

    Certes la première ariane 5 se crache au milieu des années 1990.
    Cet événement a eu pour conséquence le début d’un grand effort de recherche
    sur la vérification formelle des programmes informatiques.
    Par exemple une concrétisation de cet effort, parmi tant d’autre, est l’analyseur ASTREE.

    Mais notez que la complexité d’une machine à voter est loin d’être comparable à celle des applications que je viens de citer, ou encore d’un lanceur de satellites. Leur fiabilité est envisageable.

    Deux choses sont nécessaires pour permettre l’usage de ces machines. Premièrement, obliger à ce que leur licence soit “libre”, permettant à tout citoyen d’accéder à son code source. Deuxièmement, que le code soit assorti d’une preuve mathématique de correction (au moins du coeur du programme), elle aussi publique.
    La société civile aurait donc tout en main pour s’assurer qu’elle n’est pas dupée.

    Reste que ce n’est pas suffisant : il se pose la question des attaques comme l’écoute à distance, permettant de connaître le vote d’une personne, ou encore d’un possible accès physique à la machine qui permettrait
    d’en changer le fonctionnement.
    C’est sur ces points que je rejoins vos réserves. Mais il faut cesser de dire que l’on est pas capable aujourd’hui d’écrire des programmes fiable et dont le comportement peut-être prouvé mathématiquement.

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    • Le mythe de la non-fiabilité des programmes 2 avril 2007 16:19, par Chantal Enguehard

      vous avez raison, on peut faire des preuves formelle, mais c’est coûteux.
      il reste encore le problème d’être certain que c’est bien le bon programme qui est en service sur mon ordinateur de vote. Un programme peut en cacher un autre...

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  • Remise à zéro ? 5 avril 2007 17:07, par FredT

    Que se passe-t’il si un vilain hacker entre dans l’isoloir à 19h55 et balance une bonne grosse décharge électro-magnétique sur la machine - ou promène simplement un joli aimant néodyme autour ? Un reset des votes, ou un passage en "mode délire" ?

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    • Remise à zéro ? 5 avril 2007 23:30, par Chantal Enguehard

      Ne pas mettre en oeuvre d’action illégale contre les ordinateurs de vote.
      Je rappelle que les actions de sabotage des opérations électorales sont sévèrement réprimées par la loi.

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      • Remise à zéro ? 2 avril 2008 11:46

        Mais comment assure-t-on la sécurité de la machine ? Des caméras dans l’isoloir ??? On peut certes s’en prendre physiquement à l’urne traditionnelle, mais c’est difficile d’être discret...

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  • Le lien vers l’"admirable texte" semble ne pas marcher. Où peut-on le trouver ?

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  • Le mythe de l’infaillibilité des ordinateurs 9 juillet 2014 18:03, par LM

    A ce sujet, voir les "vagues d’études annuelles" de l’Observatoire du Vote.
    On voit que les bureaux de vote sont beaucoup moins précis quand il y a des machines à voter. C’est bizarre et inexplicable.

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