Logo Ordinateurs–de–Vote.org Citoyens et informaticiens
pour un vote vérifié par l'électeur

Accueil du site > Généralités > Arguments invoqués en faveur des machines à voter

Arguments invoqués en faveur des machines à voter

30 juillet 2005

En italique, notre point de vue.

D’autres pays ont des contraintes différentes :
- aux USA, lors d’une élection majeure (présidentielles, sénatoriales...) on vote également pour de nombreux scrutins locaux : députés et sénateurs de l’état, shérif, procureur... et quelques référendums (par exemple pour fixer le salaire minimum).
- en Irlande et en Australie, on ne choisit pas un seul candidat, mais on dresse une liste ordonnée des candidats (Système de Hare). Le dépouillement est alors plus long.
- en Suisse, les référendums sont très fréquents.
Nos modalités d’élections sont plus simples que dans ces pays.

Les arguments suivants ont été avancés, entre autres par les mairies :
- difficulté à trouver des assesseurs, en particulier lors des référendums. Quand on n’en trouve vraiment pas, il faut payer des employés municipaux pour tenir ce rôle. Avec le vote électronique, quand deux élections ont lieu le même jour, un seul président et son groupe d’assesseurs gèrent les deux scrutins. A part ce cas de double élection, le nombre d’assesseurs reste le même. Et leur durée de travail ne change guère : le dépouillement automatique permet de finir une heure ou deux plus tôt, mais une journée d’élection dure de toute façon au moins de 10 à 14 heures. Simplement pour information, dans d’autres pays (Belgique [1], Espagne, Italie), être assesseur est une obligation (après désignation au hasard sur les listes électorales), comme ici être juré dans un procès d’assises. Et dans certains (USA, Belgique, Italie), une indemnité leur est versée.
- difficulté à trouver des scrutateurs pour le dépouillement [2]. C’est un symptôme de plus du mauvais état de notre démocratie. Le remède proposé est radical : plus de dépouillement.
- pouvoir réduire le nombre de bureaux de vote. Lors de l’introduction du vote électronique, Le Havre (114 600 électeurs) a réduit de 144 à 129. Brest (82 500 électeurs) de 142 à 80 : le nombre initial de bureaux de vote était toutefois élevé (un pour 580 électeurs). Le lien ne nous semble pas clair. Trop réduire le nombre de bureaux de vote engendre des files d’attente (indépendamment du mode de vote). L’introduction du bulletin imprimé vérifié par l’électeur ralentirait en ajoutant le temps de vérification du bulletin [3]. A l’opposé, les isoloirs peuvent être multipliés à faible coût.
- économies financières, notamment dûes à un personnel moindre. Il faut compter quelques surcoûts accessoires : brochures d’information, parfois du personnel d’accueil dans les bureaux de vote [4]. On est encore en phase d’expérimentation, il est donc difficile d’accorder crédit aux diverses proclamations des municipalités, très variables : l’amortissement nécessiterait de 2 à 18 scrutins [5]. Le coût d’une élection est mal évalué. La Belgique vient de chiffrer le vote électronique trois fois plus cher. Automatiser un processus rare est absurde : on achète une coûteuse machine qu’on sort de son placard une fois par an.
- moins de papier. Les bulletins et l’enveloppe sont négligeables par rapport à l’enveloppe de propagande envoyée chez l’électeur [6].
- moderniser. Est-ce qu’on nous propose implicitement cette confusion : au motif que c’est moderne, ce serait plus démocratique ? Il y a des pistes bien plus intéressantes pour moderniser la démocratie : Internet permet la transparence de l’action politique et peut améliorer le dialogue avec les citoyens. Nombre de villes ayant opté pour le vote électronique n’ont pas de forum sur leur site Internet. Et ne parlons pas de la difficulté à obtenir le prix d’achat des machines à voter...
- avoir le résultat plus vite. Tant que la France n’est pas entièrement équipée, cela ne concerne que la soirée électorale en mairie. Le vote papier est raisonnablement rapide (jusqu’à seulement 45 minutes pour dépouiller le référendum 2005). Les médias ont d’autres résultats à se mettre sous la dent : estimations, sondages à la sortie des urnes. Déjà que les soirées électorales ne sont pas toujours passionnantes, alors sans suspense...
- éviter les erreurs dûes au scrutin “papier” [2]. C’est croire un peu vite que les ordinateurs sont totalement fiables...
- éviter la fraude. Est-elle significative en France ? Ne va-t-on pas remplacer une fraude sporadique et locale par une autre ? En règle générale, l’informatique permet de faire ce qui était auparavant manuel, à plus grande échelle, sans se déplacer et avec moins de personnel. Contrairement au vote papier, distribué dans son fonctionnement, le vote électronique possède des “points de faiblesse uniques” permettant de compromettre une élection entière par une action unique.
- réduire l’abstention. On ne voit pas bien pourquoi les abstentionnistes seraient motivés juste par la perspective d’utiliser une jolie machine moderne [7]. Ou peut-être la première fois, par curiosité. La véritable contrainte matérielle est d’avoir à se déplacer jusqu’au bureau de vote, ou d’être présent dans sa ville ce jour-là. On s’imagine qu’une solution technologique va résoudre un problème de fond (perte de confiance dans les hommes politiques, ou sentiment qu’ils sont impuissants). Le référendum 2005 a montré qu’en posant de bonnes questions, les électeurs se déplaçaient massivement aux urnes. Cet argument est plus pertinent dans le cas du vote par Internet (bien que non démontré par les premières expériences [8]) mais au prix de nombreux dangers. Concernant les procurations, quelques mesures ont été récemment prises [9].
- l’organisation du vote “papier” est parfois laxiste : isoloirs fermant mal, ou mal nettoyés des bulletins inutilisés, électeurs ne prenant qu’un seul bulletin sur la table, éventuellement sous le regard attentif du président du bureau de vote qui est généralement un élu. Notre système de bulletins multiples est archaïque. Nombre d’autres pays utilisent un bulletin unique reprenant tous les candidats, et où l’on noircit une case avec un stylo.
- permettre aux non/malvoyants de voter sans assistance. A noter que tous ne lisent pas le braille.

  • scrutins “papier” : ajouter du braille sur tous les bulletins serait coûteux, et ne le faire que sur certains enfreindrait le secret du vote. A partir de 2005, des étiquettes en braille et en gros caractères devraient être placées sur les tables devant chaque pile de bulletins [10].
  • scrutins électroniques : le vote se fait alors en suivant des instructions vocales dans un casque. C’est un équipement optionnel [11] dont certaines mairies [12] n’ont acheté qu’un exemplaire, circulant à la demande entre les bureaux de vote, avec à terme regroupement des personnes concernées dans le même bureau de vote.

Cet argument apparait plus valable que les précédents, bien que les solutions sans électronique ne semblent pas avoir été explorées. Sans doute parce que les difficultés quotidiennes des handicapés sont une préoccupation récente. Dans la présentation [2] des machines à voter du Havre, on se demande bien ce que vient faire la photo d’une personne en fauteuil roulant... dont le souci n’est pas la technique de vote mais les rampes d’accès aux bureaux de vote. Concernant les malvoyants, le vote électronique augmente-t-il leur nombre, les écrans étant moins lisibles que le papier (généralement celui des Nedap, mais aussi les autres en cas d’élections avec un grand nombre de candidats) ?

Les inconvénients suivants ne semblent pas considérés comme significatifs (pour ne citer que des problèmes de mises en oeuvre du vote électronique. Nous avons également des objections de principe) :
- certaines personnes sont très peu à l’aise avec les ordinateurs. La complexité d’un vote ne dépasse pas celle d’un retrait dans un distributeur de billets, mais tout le monde accepte-t-il d’utiliser ces distributeurs ? De plus, on s’habitue au fonctionnement d’un distributeur parce qu’on l’utilise régulièrement. La faible fréquence des élections demandera à certains de réapprendre à chaque fois comment voter. Ce n’est pas vraiment le droit à voter qui est en cause mais plutôt de pouvoir l’exercer sans assistance d’un tiers.
- les mairies arguent souvent que l’élection s’est bien passée et que les gens sont satisfaits puisque personne ne s’est plaint. C’est déjà être sourd à la petite minorité que nous, nous entendons. Et qu’en est-il de la personne âgée n’osant pas avouer qu’elle ne comprend pas bien, par peur de paraître dépassée ? Ou du plus jeune qui craindrait d’avoir l’air idiot ?
- la confidentialité est moindre devant une machine à voter. Seuls nos gestes sont dissimulés par des plaques intégrées à l’appareil, contrairement à un isoloir qui nous enferme complètement. Ce n’est pas intuitif.
- il n’y a plus d’ultime réflexion dans l’intimité de l’isoloir. Certains électeurs auront à concentrer leur attention entièrement sur le geste technique. Il y a également un effet “caisse de supermarché” : la file d’attente derrière vous incite à ne pas s’éterniser.

Notes

[1] En Belgique, l’obligation d’être assesseur semble mal respectée.

[2] Le Havre, “Océanes” de mai 2005

[3] Avec les Nedap, on est censé vérifier l’écran, mais c’est en pratique souvent négligé

[4] annoncé par Le Havre, Revue municipale “Océanes” de mai 2005

[5] Deux scrutins pour Bourg-de-Péage (Dauphiné Libéré du 2 mai 2005), 5 pour le Havre (“Océanes” de mai 2005), 15 à 18 pour Annoeulin (Le « oui mais » des communes au vote électronique, 01 Net, Avril 2005)

[6] Chassons ce cliché (entendu ad nauseum par l’auteur dans son bureau de vote...) : on ne détruit pas de forêts pour fabriquer du papier. En France, les forêts sont gérées, et leur superficie en augmentation. La déforestation concerne les pays tropicaux et a pour cause la recherche de bois rares ou l’agriculture. Le coût écologique (énergie consommée, pollution...) du papier vient de sa fabrication ou de son transport.

[7] Et encore... la Nedap avec son look “années 70” peut-elle résister face à une PlayStation :-)

[8] En Grande Bretagne, proposer le vote par Internet n’a pas eu d’effet sur la participation selon l’étude de l’IDEA (International Institute for Democracy and Electoral Assistance) “Voter Turnout in Western Europe Since 1945”, page 46. Par contre, le vote postal a eu une influence (mais ces deux techniques butent sur le même problème insoluble de l’absence d’isoloir).

[9] Procurations :
- depuis 1993, les vacanciers peuvent voter par procuration,
- en 2003, les formalités de mise en place ont été allégées (déclaration sur l’honneur au lieu de justificatifs).

[10] Sénat, question écrite n°15794

[11] sur les Nedap. Pas d’information concernant les autres machines.

[12] Mandelieu-la-Napoule

©© ordinateurs-de-vote.org - dernière modification : mardi 19 septembre 2017.

2 Messages de forum

Répondre à cet article


Suivre la vie du site Syndication/fil RSS 2.0 (explications) | Plan du site | Espace privé | SPIP